Index des chapitres :
Chapitre I : Solitude
Chapitre II : Un moment de répit
Chapitre III : Alaya des Wochisas
Chapitre IV : Un départ difficile
Chapitre V : Pressentiment
Chapitre VI : Trouvailles
Chapitre VII : Récit
Chapitre VIII : Disparitions
Chapitre IX : Invisible
Chapitre X : L’entrepôt
Chapitre XI : Le Conseil
Chapitre XII : Contes de fées
Chapitre XII ½ : L’embarquement
Chapitre XIII : La dernière bataille
Chapitre I : Solitude
Un certain jour d’avril, en 2040, alors que cela faisait officiellement un mois que la mission était terminée, Brad se promenait sur la planète Crème hydratante pour le visage – Soulage la peau sèche. Le dernier mois avait été très dur pour lui. Il se sentait terriblement seul, et l’ennui l’avait gagné.
« Extrait du Journal intime du sublime Brad Spitfire : 9 avril 2040
Ça fait un mois que je n’ai pas écrit. C’était mon journal intime pour la mission. La mission est finie depuis un mois, mais je dois écrire à nouveau. Parce que je ne sais pas à qui me confier. D’abord, voilà ce à quoi ressemble la vie depuis un mois…
Le Capitaine et Valence passe tout leur temps libre ensemble et ils semblent plus proche que jamais depuis qu’ils sont retournés se parler dans les yeux sur la planète des Iraziens. D’ailleurs, c’est devenu le bureau de Valence. Grâce au gaz de vérité qui est dans l’atmosphère de la planète, elle oblige ses patients à tout lui révéler. Elle a aidé beaucoup de Crémeux ainsi, car ils n’ont plus confiance en personne depuis la trahison de leur ancien chef.
Notre ancien capitaine, quant à lui, essaie de reprendre ses 2111 nuits blanches. Il fait toujours de très longues nuits, ainsi qu’une sieste forcée tous les après-midis. Valence et Pétrolia veillent toujours sur lui pour ne pas aggraver sa narcolepsie. Depuis une semaine par contre, il a recommencé à travailler un peu. On a organisé de nouvelles élections afin de trouver un nouveau gouverneur pour les Crémeux. Beaucoup d’entres eux, ainsi que le reste de l’équipage, ont insisté pour que le Capitaine se présente. Il est donc en campagne électorale et consacre ses entières journées à réfléchir à ce qu’il ferait ou ne ferait pas, ce qu’il fallait améliorer, etc… Je me serais bien présenter, mais je sais que je n’ai aucune chance. Lui, tout le monde l’aime, alors que moi…
Pétrolia, quand elle ne veille pas à ce que le capitaine dorme bien, étudie pour « perfectionner » ses connaissances en médecine. Personnellement, je trouve qu’elle aurait du recommencer ses cours au grand complet, mais je ne parle plus vraiment au reste de l’équipage depuis un mois. Alors, je ne leur dis plus le fond de ma pensée… En tout cas, Pétrolia a rencontré le médecin personnel de l’ancien gouverneur et il a accepté de l’initier à la médecine crémeuse (ça se dit tu ?). Malgré ses cours qui occupent toutes ses journées, elle et Flavien trouvent toujours du temps à passer ensemble. Ils sont même remontés sur le vaisseau une journée que le tuteur de Pétrolia lui avait donné congé… On ne se demande pas du tout ce qu’ils y ont fait ! Pas longtemps après, Valence l’a emmenée à son « bureau », mais elle refuse de dire à qui que ce soit ce qu’elle y a appris. Je crois qu’elle et Flavien essaient d’avoir un bébé, ça saute aux yeux ! Encore un autre être qui sera aimé… contrairement à moi.
De son côté, Flavien continue de conseiller le capitaine. Il l’aide énormément avec les élections, mais, durant les trois premières semaines, pendant que le capitaine se reposait, Flavien, Bob et Serge, aidés par quelques Crémeux, ont construit des demeures à la manière des Crémeux. Nous avons donc un petit coin à nous sur la planète avec quatre petites maisons, une pour chaque couple. Flavien développe aussi ses dons d’extra-terrestres. Il commence à les contrôler un peu mieux, mais à chaque fois qu’il commence à en maîtriser un, un nouveau apparait. Il commence à me faire peur. Je ne le provoquerai plus jamais, on ne sait pas de quoi il est capable.
Bob et lui passe aussi beaucoup de temps à jouer ensemble, comme ils le faisaient avant de quitter la Terre. Ils ont d’ailleurs fondé la première ligue de hockey de la planète et ils donnent des cours aux Crémeux. Bob s’est aussi ouvert un petit restaurant où il fait goûter tous les plats Terriens aux habitants de la planète. Il est toujours avec la réceptionniste de l’ancien gouverneur. Je ne comprends pas personnellement comment on peut aimer quelqu’un comme Bob; elle doit être folle cette fille !
Finalement, Serge rend service à tout le monde, autant à l’équipage qu’aux Crémeux. Dès que quelqu’un à besoin d’aide, il appelle le 1-888- 55-S-E-R-G-E et le robot accourt aussitôt.
Et moi ? Il n’y a personne qui s’occupe de moi. Je confie tout à ma sangsue, mais ça ne jase pas fort fort une sangsue. Je ne sais pas ce que je donnerais pour que la mission recommence, au moins avant, le capitaine me forçait à aller en thérapie avec Valence; j’avais quelqu’un qui m’écoutait. Les autres gars me battaient, mais au moins, ils s’intéressaient à moi… Maintenant, je m’ennui. Je n’ai rien. Je ne fais rien, depuis un mois…»
Brad soupira. Il se rappelait par cœur de ce qu’il avait écrit dans son journal; il y avait déjà une semaine… Il marchait, sans vraiment avoir de but précis. Sa sangsue était sur son épaule. Brad la prit dans sa main et la porta à la hauteur de son visage.
- Tu m’aimes toi han ?
Il soupira de nouveau et remit sa sangsue sur son épaule. Il avait désespérément besoin d’attention; il se sentait rejeté plus que jamais.
Chapitre II : Un moment de répit
Flavien sortit d’une petite maison et prit une bonne bouffée d’air frais. Il se dirigea vers un chemin qui serpentait dans la forêt; marcher lui le ferait le plus grand bien. Il devait penser à autre chose. Ce n’était pas toujours parfait avec Pétrolia ces temps-ci. Ils se chicanaient souvent pour des niaiseries, des choses complètement inutiles.
Oui, c’était vraiment des niaiseries. Flavien se l’avouait à lui-même. Par exemple, ils s’étaient récemment chicanés parce que Pétrolia avait renversé une minuscule goutte de spaghetti sur une des médailles de hockey de Flavien. Le pire, c’était que c’était partit en quelques secondes avec un peu d’eau, mais cela avait quand même créé une grosse chicane. C’était un peu, voire même très ridicule. Flavien le savait, mais c’était sortit tout seul. Cela allait sûrement passer… En tout cas, Flavien l’espérait, car il aimait, adorait Pétrolia. Là n’était pas la question.
- Alors, c’est quoi le problème, pensa-t-il tout haut.
- Ce n’est pas ce que tu penses Flavien.
Flavien se retourna vers la provenance de la voix. Valence, celle qu’il considérait comme étant sa grande sœur, arrivait derrière lui, marchant, tout comme lui, sur le petit sentier de la forêt. Elle vint le rejoindre et ils continuèrent de parler, tout en marchant ensemble.
- Alors, qu’est-ce que c’est ?, lui demanda-t-il. Valence, tu lui as parlé toi. En fait, ce n’est qu’à toi qu’elle parle… Qu’est-ce qu’elle t’a dit ?
- Je ne peux pas te le dire Flavien. Ce serait trahir sa confiance. Mais je peux te jurer ça n’a aucun rapport avec toi si ça peut te rassurer. Enfin, si, un peu… mais ça va passer, comme tout le reste a passé également, dit-elle en passant un bras maternel autour de ses épaules. Cesse de t’inquiéter avec ça. Tu te fais plus de mal qu’autre chose.
- Tu as peut-être raison… Mais en même temps, je ne peux m’empêcher d’être inquiet.
Valence arrêta de marcher. Flavien fit quelques pas de plus, puis réalisa qu’elle était restée derrière. Il se retourna et revint sur ses pas.
- Ça va Valence ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?
- Oh non, non… Je me disais juste que…
Elle hésitait. Flavien avait le droit de savoir; Pétrolia était sa blonde après tout. Le fait qu’il s’inquiète pour elle et pour leur couple prouvait seulement qu’il l’aimait. Valence se demandait si c’était sage de lui dire, car Pétrolia l’avait fait jurer de ne rien dire. Non, je ne peux pas lui dire, se dit-elle. Elle pouvait par contre le rassurer du mieux qu’elle pouvait. Valence mit donc une main maternelle sur l’épaule de Flavien et fit un sourire rassurant.
- Écoute Flavien, je ne peux pas te dire ce qu’elle m’a dit. Ce sera la trahir elle, ainsi que le secret professionnel qui me tient en tant que psychologue, mais je vais te lancer sur une piste. Tu réfléchiras à la solution. Tout ce que je peux te dire pour t’aider, c’est de repenser à une promesse que tu lui as faite il y a plusieurs mois de cela, alors qu’on était encore à bord du Romano.
Elle lui fit un dernier sourire sincère et quitta le sentier pour s’enfoncer dans la forêt, laissant Flavien debout sur le petit chemin à fixer l’endroit dans les arbres où Valence venait de disparaître. Il ne comprenait vraiment pas ce qu’elle avait voulu dire. Il avait promis plusieurs choses à Pétrolia à bord du Romano Fafard. De laquelle Valence parlait exactement ? Quelle promesse aurait pu changer le caractère de Pétrolia maintenant ? Elle était tellement sur le vif pour n’importe quoi. Il n’avait pas changé durant la mission pourtant… Pourquoi maintenant ? Mais de quelle promesse Valence parlait !? Il comprendrait peut-être… un jour…
De son côté, Valence s’enfonçait de plus en plus dans la forêt. Elle marchait en tassant les branches. Autour d’elle, plusieurs petites branches jonchaient le sol, déjà cassées, comme si quelqu’un passait souvent par là. Valence déboucha dans une magnifique clairière, entourée d’arbres plus grands les uns que les autres. Les fleurs sauvages parsemaient l’herbe verte éclatante. L’endroit était paradisiaque. Valence sourit et franchit la limite invisible entre la forêt et la clairière.
Un petit ruisseau qui coulait très lentement traversait la clairière en son centre. Valence marcha vers ce ruisseau et s’assit en indien sur le bord. Elle repoussa une mèche de cheveux rebelle derrière son oreille. Elle s’étira et passa le bout de ses doigts dans l’eau glacée. Elle ôta ses sandales qu’elle portait (elle ne portait plus d’uniforme depuis un mois) et déposa ses pieds dans le fond du ruisseau, sur les roches.
Cette petite clairière, c’était son petit coin à elle. Elle y venait une fois de temps en temps, pour réfléchir à tout et rien. Ce n’était pas des questions existentielles, mais elles étaient très importantes à ses yeux. Ou parfois, comme c’était le cas cette fois, elle y venait tout simplement pour relaxer et déconnecter du reste. Elle se laissa tomber sur le dos, regardant le ciel bleu qui s’élevait devant elle.
Soudain, un bruit. Un craquement de branche était parvenu à ses oreilles. Valence se releva, pour être assise, et regard autour d’elle. Rien. Puis, un autre craquement. Valence était maintenant debout, les poings serrés, prête à se défendre. C’était un réflexe qui était resté du petit entraînement militaire qu’elle avait reçu à la base de la Fédération avant le lancement de la Mission.
- Il y a quelqu’un ?
Des bruits de pas… Quelqu’un approchait. Valence fixait un point droit devant elle, méfiante. Ses muscles se décontractèrent en voyant la personne qui sortit de la forêt : celle qu’elle aimait le plus au monde. Elle lui fit un grand sourire, même si elle était surprise de le voir.
- Que fais-tu ici ?
- Tu ne pensais quand même pas être la seule à connaître cet endroit ? demanda Charles en marchant vers elle.
- Ben, en fait, je…
- Tu le pensais, dit-il avec un sourire en coin.
Charles passa une main derrière sa taille, l’autre derrière sa tête et l’attira à lui pour lui voler un long baiser sur ses lèvres. Après plusieurs secondes passées enlacés l’un contre l’autre, ils se détachèrent, se souriant amoureusement.
- Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?, demanda Valence.
- Je m’ennuyais, c’est tout. Je savais que tu viendrais ici, alors je t’attendais pas très loin. Je pensais que, maintenant la mission finie, on aurait plus de temps pour nous deux. Je sais que je vais décevoir beaucoup de personnes, mais je ne veux pas être gouverneur si ça m’empêche de passer du temps avec toi.
- Charles, dit-t-elle en passant le revers de sa main sur sa joue, dis-moi quelque chose… Est-ce que tu veux devenir le prochain gouverneur, et ainsi aider les Crémeux qui craignent encore que le grand Ganglion leur tombe sur la tête parce que leur ancien gouverneur les a trahi ?
- Ben c’est sûr que je n’haïrais pas ça… Et puis, si les Crémeux ont une bonne opinion des Terriens, ça ne peut que nous aider.
- Alors, fais-le. On va trouver un moyen d’être seuls quelques fois. On l’a toujours fait.
Pendant qu’ils s’échangeaient un autre baiser, quelqu’un d’autre, qui les observait, s’éloignait à présent de la clairière. Cette personne, c’était Brad Spitfire, qui, se sentant un peu seul, avait trouvé le courage d’aller enfin parler à Valence. Il connaissait lui aussi la cachette de la psychologue, ce n’était un secret pour personne en fait, mais il avait fallu qu’il arrive. Pourquoi ? Brad savait qu’il n’avait aucune chance de lui parler seul à seul si le capitaine était autour. Maudit capitaine.
« Extrait du journal de Brad Spitfire, 16 avril 2040 :
Ils ne comprennent pas. Et ils ne comprendront jamais. Ils se plaignent de ne pas pouvoir passer beaucoup de temps ensemble. Au moins, eux, ils sont deux. Moi, je suis seul. Eux, ils ont des occupations. Elle, elle est psychologue pour les Crémeux, et lui, il a de très bonnes chances d’être le prochain gouverneur suprême. Moi, ça fait un mois que je ne fais rien.
Et le pire dans tout ça, c’est qu’ils se plaignent !! Comment peuvent-ils se plaindre alors qu’ils ont tout ? C’est le couple le plus heureux au monde. Je les envie énormément. Ils n’ont pas idée de leur chance… »
Brad quitta la forêt pour se retrouver sur une plage, près d’un lac. Il ôta ses souliers et ses bas. Il les prit dans ses mains et commença à marcher, pieds nu dans le sable blanc. Il eut à peine le temps de faire quelques pas qu’une corde se resserrait autour de ses chevilles, le faisant tomber tête première.
- Ouch…, marmonna-t-il, la bouche et le nez remplis de sable. Il entendit alors des voix qui approchaient.
- Heille ! Méchante prise Bob ! Regarde ça ! Un beau petit Brad tout penaud et inoffensif. Ça a ben l’air que Serge gagne encore cette manche-là, fit la voix de Pétrolia aux oreilles du scientifique.
- Yes Sir ! J’ai encore gagné. Ça fait Serge : 128, Bob : 2.
- Brad ! Qu’essé vous faite dans mon piège ?! Sortez de là !
Bob empoigna solidement le scientifique par le collet et le mit sur ses pieds, plutôt brusquement. Il arracha ensuite violemment la corde d’autour des pieds de Brad, menaçant de faire retomber celui-ci par le fait même. Heureusement, Brad s’était habitué à tant de brusquerie, alors il resta sur ses deux pieds malgré le manque de délicatesse de Bob. Il trouva même le courage de répliquer.
- C’est tu de ma faute moi si vous mettez des pièges partout pour vos p’tits concours niaiseux ?! Je suis écœuré de vos maudits coups ! De vos stupides conneries ! L’araignée mangeuse de cerveau n’est jamais venue vous voir parce que vous n’avez rien dans la tête qui lui servirait de repas !
- Brad Spitfire, retirez tout de suite ce que vous venez de dire, fit Bob avec un regard haineux, ses poings se contractant.
- Pourquoi ?! Vous me faites pas peur Bob « Je ne suis pas intelligent pour deux cennes » Dieudonné-Marcelin.
- Pis ça, ça vous fait tu peur ?
Il monta sa main à la hauteur du visage de Brad et la referma pour former un poing bien serré et prêt à frapper. Ne donnant aucun temps à Brad pour former une réponse, il frappa de toutes ses forces au visage du scientifique, lui cassant pratiquement le nez. Heureusement, à force de recevoir autant de coups depuis sa tendre enfance, on aurait dit que tous les os de son corps s’étaient solidifiés. Il ne s’en tirera probablement qu’avec une belle grosse prune. Par contre, étant très fragile quand même, avouons-nous-le, Brad sombra aussitôt dans l’inconscience.
- Ah bravo Bob ! Maintenant, on doit le ramasser, fit Serge, accompagné d’un petit bruit pouvant s’interpréter comme de l’ennui.
- On ne pourrait pas le laisser ici Serge ?, demanda Pétrolia avec un brin d’espoir dans la voix. Avec un peu de chance, les corbeaux vont le croire mort et ils vont le manger.
- Valence ne serait pas contente.
- On s’en fiche ! Il mérite pas qu’on utilise nos muscles pour lui, déclara Bob en retournant se cacher dans les buissons plus loin. En plus, si on le laisse là, il va me servir d’appât pour attraper un gros gibier et battre Serge.
Le voyant partir, Pétrolia se tourna en haussant les épaules et le suivit en direction des buissons où ils se cachaient pour voir les animaux qui tombaient dans leurs pièges.
- Moi, si j’étais un animal, je rebrousserais chemin en voyant Brad. En plus, il a…
Le reste de ses paroles se perdit dans l’air alors qu’elle entrait sous le couvert de la nature sauvage de cette planète. Il ne restait que Serge sur la plage, qui regardait toujours Brad étendu sur le sol. Après quelques secondes, le robot haussa les épaules à son tour et, laissant Brad étendu par terre, il alla retrouver ses amis.
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Le soleil tombait lentement derrière l’océan. Quelques nuages obscurcissaient le ciel, mais la Lune s’était trouvé un trou pour montrer ses rayons. Les légères vagues qui venaient frapper la côte faisaient danser son reflet dans l’eau. L’une des vagues vint frapper le corps de Brad, qui était encore étendu par terre. Il ouvrit lentement les yeux, encore un peu sonné à cause du coup de poing reçu un peu plus tôt. Il se massa un peu le front, question de se remettre les idées en place, puis se releva en position assise. Un rapide coup d’œil aux alentours lui apprit qu’il se trouvait au même endroit où il était tombé dans le piège de Bob, mais que beaucoup d’heures étaient passées. N’ayant pas pris sa montre avec lui cette journée-là, il se releva, retrouva ses souliers, qu’il avait lâché en tombant, et quitta la plage, tout cela bien sûr, en regardant très attentivement où il mettait les pieds. Il ne referait jamais deux fois la même erreur !
« La seule journée où les autres me parlent en un mois complet et qu’est-ce qui se passe ? Pour faire changement, j’ai traité Bob d’imbécile (on sait tous que ce n’est que la pure vérité). Il m’a ensuite frappé et je me suis retrouvé dans les pommes pendant au moins six heures de ma journée. J’ai manqué l’heure du souper et, bien sûr, personne n’a pensé à me laisser quelque chose à faire chauffer. Pourtant, ils savent tous très bien que je ne sais pas pêcher ni aller à la chasse. C’est le capitaine qui faisait cela avec son père ! Pas moi ! Moi, j’ai passé mon enfance dans un passionnât de sciences !
La vie est injuste. Ce maudit Capitaine Patenaude a tout ce qu’il veut : une belle vie, un commandement remarquable, une blonde et il va avoir le trône de la planète. Que demander de plus ? Je donnerais n’importe quoi pour que l’invention de Pétrolia existe encore et je changerais de place avec lui, mais cette fois, afin de lui montrer une véritable journée dans le corps de Brad Spitfire. L’enfer… Pas étonnant que le yiable m’est choisi sur le vaisseau.
Mais je suis plus fort qu’ils ne le croient. Avec toutes les horreurs que j’ai vécues, on pourrait écrire un roman, mais ça, personne ne le sait, parce que personne n’a la patience d’écouter. Valence l’avait avant; elle avait presque réussi à percer mes défenses, mais pour elle non plus je n’existe plus depuis qu’on est ici. Ahhh… je donnerais n’importe quoi aujourd’hui pour retourner dans cette boîte de conserve volante ! Je n’en reviens pas de dire ça, mais c’est vrai. Je veux retourner sur le vaisseau. Là-bas au moins, je servais à quelque chose. Une job de punching-bag vaut mieux que rien. »
Chapitre III : Alaya des Wochisas
Alaya courrait à toute vitesse entre les arbres de cette forêt dense pour essayer d’échapper à ses poursuiveurs. À gauche, à droite. Elle ne suivait pas un sentier précis, espérant pouvoir les semer grâce à sa grande connaissance de la forêt et des environs. Elle avait grandi dans une petite grotte, tout près de là, où se cachait le chef de son clan : les Wochisas. Ses poursuiveurs faisaient partis du clan des Synchans, avec qui ils étaient en guerre depuis des milliers d’années. On en avait même oublié la cause première; tout ce qui importait, c’était de vaincre l’autre, peu importe le prix.
Alaya contourna une falaise par la droite et entra à l’intérieur d’une crevasse. Un groupe d’au moins une douzaine de Synchans parut alors sur sa gauche, mais ne virent jamais la crevasse et continuèrent à courir tout droit, sans jamais retrouver leur proie. Bien fait pour eux, pensa-t-elle. En plus, ils avaient traversé la frontière sans permission. Alaya reporterait cet incident à son chef, mais pour l’instant, elle prit ce moment de répit pour souffler un peu. Elle ne sortirait que le soir même, lorsqu’elle serait sur et certaine que les Synchans seraient retournés à leur propre camp. Elle accota donc sa tête sur la paroi rocheuse et se laissa tout doucement gagner par le sommeil, la main sur une missive importante cachée à l’intérieur de sa veste.
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Lorsqu’Alaya se réveilla, il faisait nuit noire à l’extérieur de la crevasse où elle s’était abritée. Elle sortit prudemment de sa cachette, regardant à gauche, à droite et en haut pour s’assurer qu’aucun piège ne l’y attendait. Ne voyant rien à des kilomètres autour, elle se permit enfin de relaxer un peu. Elle glissa une main dans son manteau, en sortit une lettre roulée sur elle-même, un peu abîmée dû au dur transport. Serrant le poing autour du papier, Alaya reprit sa course à travers les arbres.
La tradition voulait qu’on délivre les missives par flèche, mais l’arc d’Alaya, celui qui se passait de générations en générations dans sa famille, avait été brisé par l’ennemi et, maintenant, en plus d’avoir perdu son bien le plus précieux, elle devait faire la livraison de l’ancienne méthode, pénible, selon elle.
Elle parcourut les bois durant une bonne partie de la nuit, ainsi que pour les deux prochains jours, ne s’arrêtant que pour reprendre son souffle et pour se désaltérer aux sources d’eau qu’elle croisait sur son chemin. Elle arriva à destination la troisième journée vers les petites heures du matin : une grande clairière, où quatre maisons modestes avaient été construites. Seuls les bruits de la forêt qui se réveillait étaient perceptibles.
Ne faisant aucunement attention à l’heure qu’il était, elle cogna de toutes ses forces à la porte de la première maison. Rien. Alaya cogna de nouveau, encore plus fort, si c’était même possible. Toujours rien. S’y prenant à deux mains, elle rua la porte de coups, tous plus forts les uns que les autres. Cette fois, la porte s’ouvrit doucement et un homme noir plutôt enrobé se présenta devant elle.
- Qu’est-ce qu’il y a ? Je rêvais aux aventures de M. Jambon et de Mme. La Dinde qui sauve l’Univers des légumes oppressissausseurs…
- Je cherche Sonia Champoux, déclara Alaya.
- Il habite dans cette maison-là, fit Bob en pointant la maison en question.
- Oh, merci beaucoup !
- De rien, répondit le pilote avec un grand sourire niais.
Alaya n’attendit pas qu’il ait refermé la porte et dévala les escaliers pour aller cogner à la porte du Capitaine Patenaude. Reprenant le même manège que lorsqu’elle avait cogné à la porte de Bob Dieudonné-Marcelin, elle frappa plusieurs coups, très forts, sur la porte de Charles. Ce qu’elle ignorait, c’est que, dans le dos de sa blonde et de sa médecin, Charles Patenaude avait parfois l’habitude de se réveiller la nuit, sans que personne ne le sache. Il entendit donc très clairement le cognement à sa porte, le trouvant même beaucoup trop fort pour l’heure. L’ancien commandant courut à sa porte. Quelle ne fut pas sa surprise, en l’ouvrant, d’y trouver une fille dont il ne connaissait absolument rien.
Le faible rayon de lumière qui l’éclairait lui permettait de distinguer vaguement ses contours. Vu sa taille, Charles ne lui donnait pas plus de 18 ans. Ses cheveux semblaient noirs, ou sinon brun extrêmement foncés, dans la faible luminosité. Il ne pouvait pas voir ses yeux ni ses traits de visage, par contre, il distinguait des dessins sur son visage et ses bras, signe qu’elle appartenait aux habitants de cette planète.
- Pourquoi vous cognez aussi fort que ça ?, demanda le capitaine. Vous allez réveiller tout le monde !
- Désolée. Je pensais que vous dormiez et il était impératif que je vous parle.
- Premièrement, qui êtes-vous mademoiselle ?
- Je suis Alaya des Wochisas, Sonia Champoux. S’il vous plait, puis-je entrer ? Je promets de tout vous expliquer une fois que nous serons à l’intérieur, à l’abri des oreilles indiscrètes.
La curiosité prit le dessus chez le Capitaine Patenaude et il fit entrer cette jeune fille, pour le moins étrange, dans sa demeure, lui disant toutefois de ne pas faire de bruit puisque Valence dormait encore. Avant de la faire progresser jusqu’à la cuisine, il émit toutefois une condition.
- Veuillez ne plus m’appeler par ce nom. Je suis le Capitaine Charles Patenaude et non Sonia Champoux.
Il guida ensuite son invité jusqu’à la cuisine où il l’invita à s’assoir. Il installa un pichet d’eau ainsi qu’un verre sur la table à sa disposition, lui indiquant qu’elle était libre de se servir. L’observant du coin de l’œil pendant qu’il se versait un café, il put voir qu’elle était assoiffée puisqu’elle avala un grand verre d’eau en moins de 20 secondes.
- Alors, qui êtes-vous exactement ?, demanda Charles en revenant s’asseoir devant elle.
- Je me nomme Alaya. Je fais parti du clan des Wochisas. Nous vivons à quelques jours de route d’ici vers l’est, de l’autre côté de la Forêt Interdite.
- La Forêt Interdite ?
- Oh, elle n’est pas interdite pour vous. Ce n’est que le surnom que mon peuple a donné au territoire des Synchans, nos ennemis.
- J’ignorais qu’il y avait des clans sur cette planète.
- Je vais vous raconter rapidement l’histoire de cette planète Capitaine, puisque vos hôtes semblent en avoir « oublié » certains détails. Au départ, nous étions des centaines de clans différents à cohabiter sur cette planète. Malheureusement, des disputes se sont rapidement installées. Après la période des alliances, les clans se sont vus réduits au nombre de trois : les Wochisas, les Synchans et les Joukivs. Ces derniers ont rapidement pris possessions des territoires où nous nous trouvons en ce moment et, afin de ne plus avoir de problèmes dans le futur, ils ont seulement coupé tout contact avec les Wochisas ou les Synchans. Je dois vous avouer que se sont les plus sages, car les Wochisas et les Synchans sont toujours en dispute, depuis si longtemps que nous en avons même oublié la raison. Les Joukivs ne font rien pour nous aider, par contre, ils recueillent tous ceux qui veulent changer de vie. C’est pour cette raison que pratiquement personne ne connait notre existence. Notre nombre a été considérablement réduit avec les années.
Charles buvait les paroles de cette jeune femme. L’histoire ayant toujours été son cours préféré à l’école, il trouvait cette situation très intéressante. Malgré tout, il revint rapidement au présent. Cette histoire était bien belle, mais cela ne lui disait aucunement la raison de la présence de cette jeune fille ici, aussi loin de son clan.
- Mais pourquoi êtes-vous venue ici me parler à moi mademoiselle ?
- Notre chef m’a envoyée vous remettre ceci.
Elle déposa la missive qu’elle gardait précieusement depuis plusieurs jours dans la main de Charles. La feuille avait été légèrement abîmée, mais Charles sentit aussitôt son importance.
- Il s’agit d’un lieu de rendez-vous. J’aurais du vous y attendre, mais une petite mésaventure m’oblige à vous y accompagner. Notre chef demande à vous y rencontrer. J’ignore pourquoi, je ne suis que la messagère, mais je sais qu’il s’agit d’un sujet d’une importance capitale.
Charles considéra la jeune fille devant lui quelques instants, puis son regard se porta sur la lettre roulée dans le creux de sa main. Pouvait-il vraiment y aller ? Sa curiosité était piquée, il était vrai, mais il avait des responsabilités avec la campagne électorale qu’il avait entreprise.
- Je regrette Alaya, mais j’ai des responsabilités ici : à ma blonde, aux… comment les avez-vous appelé ? … Joukivs ?… oui c’est ça ! aux Joukivs. Je ne peux pas les abandonner maintenant et partir avec vous pour je-ne-sais-pas-combien-de-jours. C’est impossible, je suis navré.
- Il m’a dit que vous direz cela. Alors, il m’a chargé de vous dire que les informations que vous avez lu sur votre sonde étaient fausses et que lui seul pouvait vous donner les indications pour retrouver votre véritable sonde.
- QUOI ?! Qu’est-ce que vous venez de dire !?, s’exclama fortement Charles. Si Valence n’avait pas été réveillée par les coups cognés à la porte par Alaya, aucun doute que c’était fait à présent.
- Vous m’avez bien entendu je crois. Je vous donne 30 minutes pour rassembler les membres d’équipage qui veulent venir avec vous. Je vous attendrai près des roches au centre de la clairière.
Elle avala le restant de son eau, se leva, salua Charles en se penchant légèrement en avant et sortit de la maison du capitaine.
Charles prit une gorgée de café, pour s’éclaircir les idées. Quelque chose le poussait à faire confiance à cette jeune fille. Devait-il ? Il pouvait partir avec elle et en avoir le cœur net, mais il ne voulait pas mettre la vie des autres inutilement en danger.
Perdu dans ses pensées, il n’avait pas entendu Valence approcher et fit le saut lorsqu’il entendit sa voix.
- C’était qui ?
- Han ?, demanda Charles, sortant de sa rêverie.
- C’était qui ?
- Ah euh…
Il ne pouvait pas se cacher de Valence. Il lui résuma donc rapidement ce qui venait de se passer pendant qu’elle dormait. D’un ton décidé, la psychologue lui annonça qu’elle partait avec lui. Charles n’était guère étonné, mais puisqu’il manquait de temps, il n’argumenta pas. Pour cette fois, se dit-il.
Ils se préparèrent et Valence insista pour qu’ils aillent prévenir les autres. Charles le fit à contrecœur et constata qu’ils insistaient tous pour le suivre. Le Capitaine était flatté d’autant de fidélité, même Brad se joignit à l’expédition. Selon Valence, c’était parce qu’il trouvait Alaya de son goût. Charles garda ses commentaires sur cette observation à laquelle il ne croyait absolument pas.
Les 30 minutes qu’Alaya lui avait données écoulées, Charles, accompagnés par tous ses membres d’équipage, se présenta devant Alaya, qui les salua tous avec un sourire en coin. Commença ensuite leur longue expédition vers leur point de rencontre avec le chef du clan des Wochisas.
Chapitre IV : Un départ difficile
Leur route fut longue et pénible. Alaya les obligeait à courir pendant une bonne partie de la journée, afin de traverser le territoire des Synchans le plus rapidement possible. Malgré tout leur entraînement militaire, les membres d’équipage n’étaient pas préparés à courir aussi longtemps. Au bout d’une journée, ils étaient extrêmement fatigués. Au bout de deux, ils n’en pouvaient plus. Trois jours, c’était l’enfer. Imaginez quatre !
Le soleil déclinait lentement derrière les arbres. Ils venaient d’arriver dans une clairière. Brad tomba par terre, trop épuisé pour continuer, ce qui eut pour effet de tous les faire arrêter.
- Brad, relevez-vous, lui dit Pétrolia. On est tous fatigués, ce n’est pas une raison pour se coucher maintenant.
- Je ne suis plus capable de faire un pas de plus !
- Brad Spitfire, relevez-vous immédiatement, ordonna Charles.
- Charles, peut-être que ça nous ferait pas te tord de s’arrêter un peu.
- On ne peut pas, leur dit Alaya en s’approchant. Il faut continuer. Nous sommes presque arrivés au point de rendez-vous. Allez !
Elle repartit dans la forêt. Valence fusilla Charles du regard; il aurait pu insister au lieu de se laisser mener par cette fillette ! Celui-ci fit comme si rien n’était.
- Allez Brad debout ! On ne veut pas perdre Alaya de vue !
Il partit aussitôt à la poursuite de la jeune femme dans la forêt.
- Il est toujours aussi obstiné avec sa précieuse mission, marmonna Valence pour elle-même. Je pensais qu’après un mois, ça lui aurait passé…
- Allez, venez, dit Flavien aux autres. Il faut les suivre, même vous Brad.
Avec difficulté, et l’aide de Serge et Pétrolia, Brad se releva et tous les six repartirent à la course pour suivre Alaya et Charles qui étaient déjà plusieurs mètres devant eux.
Ils ne s’arrêtèrent que plusieurs heures plus tard, alors que la nuit était bien installée, au pied d’une immense falaise dans laquelle on avait creusé une grotte. Haletants, ils étaient tous arrêtés, soit debout, pliés en deux à cause des crampes, par terre, assis ou couchés. Aucun ne parlait, on entendait que leur respiration forte et saccadée.
Charles Patenaude les considéra un moment. Ils avaient été braves, même Brad, il devait se l’avouer. Le capitaine les laissa se reposer pendant qu’il allait voir Alaya.
- C’est ici ?
- Tout près. Il ne nous reste qu’à entrer dans cette grotte. En prenant le bon chemin, on trouvera une grande salle où mon chef vous attend.
- Parfait.
Il alla alors au devant de ses membres d’équipage et s’arrêta les mains dans le dos et les jambes légèrement ouvertes. La même position qu’il adoptait durant la mission lorsqu’il avait des ordres à leur donner, remarquèrent-ils tous.
- Nous sommes rendus. Le chef des Wochisas nous attend dans une grande salle située dans cette grotte. Je sais que vous êtes fatigués, mais nous devons y aller.
- Vous n’êtes pas humain Capitaine Patenaude ! Laissez-nous nous reposer un peu ! Pour une fois, je ne suis pas le seul à être fatigués ! On l’est tous ! Les autres sont juste trop fins pour vous le dire en pleine face !, cria le scientifique, assis par terre, accoté contre la paroi rocheuse de la falaise.
- BRAD SPITFIRE, je ne vous ai pas demandé votre avis !
- Il a raison capitaine, se risqua Flavien.
- Quoi ?, demanda Charles en se retournant. Flavien … ?
- On est fatigué capitaine. On en peut plus, lui dit-il, recevant l’appui des autres qui hochaient leur tête pour dire que c’était leur cas à eux aussi. J’ai l’endurance d’un E.T. trois fois plus fort que vous et je suis fatigué. Imaginez vos autres membres d’équipage ! On doit se reposer un peu.
- Ils avaient juste à être plus « toffe ». Ce n’est pas une mission pour les moumounes ici, dit-il avant de tourner les talons et de retourner voir Alaya, assise plus loin.
- Allez ! Courage tout le monde, ce sera bientôt fini, dit Flavien aux autres sans trop de conviction.
- Flav, je suis trop fatigué pour faire un pas de plus.
- On n’a pas le choix mon Bob. Tu t’accoteras sur moi, je vais t’aider.
Il aida son meilleur ami à se lever et le laissa passer son bras autour de son cou. Serge fit de même avec Brad. Les deux filles se contentèrent de regarder tout le monde faire des efforts surhumains pour se redonner le courage de continuer.
Voyant qu’ils étaient tous levés, Charles et Alaya entrèrent dans la grotte. Les six autres leur emboitèrent le pas. Ils étaient tous silencieux; aucun d’entre eux ne voulait gaspiller de l’énergie inutilement à se parler.
Ils marchèrent pendant une vingtaine de minutes, suivant minutieusement Alaya, avant de finalement déboucher dans une immense salle avec une grande table, garnie de plusieurs plats qui avaient tous l’air meilleurs les uns que les autres. Au bout de la table, un homme âgé assez enrobé se leva pour les accueillir.
- Bienvenu. Je suis Michaga, chef des Wochisas. Vous êtes ici, chez vous. Assoyez-vous et servez-vous. Nous parlerons quand vous serez reposés.
Personne ne se le fit dire deux fois. Ils se ruèrent pratiquement sur la table et dévorèrent la totalité des plats qu’ils avaient sous les yeux. Tout était délicieux ! Décidemment, ils savaient comment cuisiner ceux-là !
- On a trouvé le paradis sur terre, ne put s’empêcher de dire Bob, ce qui suscita quelques rires chez ses amis.
Lorsqu’ils furent bien rassasiés, Michaga se leva pour attirer leur attention. Ils arrêtèrent automatiquement de parler, son imposante carrure faisant figure d’autorité.
- La raison pour laquelle vous êtes ici est simple. J’ai des informations à vous donner sur la sonde que vous avez perdue et que vous croyez avoir retrouvée. Elle vous a en fait été volée par les Synchans, qui en ont fait une copie pour que vous ne vous en aperceviez pas.
- Comment vous savez ça ? interrompit Pétrolia.
- Nous avons des espions parmi les Synchans qui nous ont rapporté cet incident malheureux. J’ai donc remis un message à ma meilleure archère pour qu’elle vous l’expédie. Vous étiez supposé la rencontrer seulement après avoir traversé le territoire des Synchans. Malheureusement, quelques uns de nos ennemis s’étaient infiltrés sur nos terres et son arc fut brisé pendant une bataille. Voilà pourquoi vous avez dû courir pour vous rendre ici. Les Synchans savent qu’il se passe quelque chose. Je peux vous donner les coordonnés de la planète où se trouve votre sonde capitaine. Les habitants sont très gentils, vous ne devriez pas avoir de problème.
- Comment est-ce qu’on sait que vous dites la vérité ? demanda Brad brutalement. Vous pourriez être entrain de nous mentir.
- Aurais-je une raison de vous mentir ?
- Voulez-vous quelque chose en échange de cette information alors ? demanda à son tour Pétrolia. Ce n’est sûrement pas gratuit comme information !
Petit silence. Haha ! Touché, Pétrolia !
- Il est venu à mes oreilles capitaine que vous aviez de bonnes chances pour devenir le prochain gouverneur.
- C’est ce que les sondages ont dévoilés, oui.
- J’aimerais que vous déclariez publiquement, après votre nomination, que les Joukivs et les Wochisas viennent de faire une nouvelle alliance. Comme ça, je ne craindrai plus les Synchans.
- Quoi ?! Mais je ne peux pas faire ça ! Ce serait contrairement aux règlements.
- En tant que gouverneur, vous allez pouvoir changer les règlements.
Charles se frotta le nez. Il avait besoin de cette information ! Mon dieu, si la sonde avait été enlevée, cela voulait dire qu’ils se pognaient le beigne sur cette planète depuis un mois pour RIEN ! Absolument pour rien !
- C’est bon, j’accepte, déclara-t-il.
~~~~~
La planète où l’équipage devait se rendre pour retrouver la sonde était à trois mois de route de Crème hydratante pour le visage – Soulage la peau sèche. Charles rageait intérieurement que son vaisseau ne soit pas capable de faire le chemin plus rapidement. Il ne vint même pas au dernier souper sur la planète où tout l’équipage avait convenu de se réunir. Quand les autres virent arriver Valence seule, ils gardèrent tous leurs commentaires.
Flavien leva son verre le premier.
- Je vote pour porter un toast à cette planète. Il n’y a rien qui nous empêche de revenir y vivre quand nous allons avoir fini notre mission pour de bon.
Ils cognèrent tous leurs verres ensemble, absolument d’accord.
- J’espère que vous allez revenir !, s’exclama la réceptionniste. Au moins, si vous décidez finalement de ne pas revenir vivre ici, venez me chercher.
- Tu viendras vivre avec moi ?! Pour vrai ?!, demanda Bob, tout surpris.
- Bien sûr que oui !
- Alors, moi je porte un toast à ça !
Il leva son verre, imité par tout le monde et ils portèrent de nouveau un toast, amusés par l’attitude de leur pilote qui avait été changé par l’amour d’une femme. Pétrolia se leva ensuite.
- Moi aussi j’aurais quelque chose à dire. J’espère que ça ne compliquera en rien notre mission, mais… Flavou… je suis enceinte.
Des exclamations de surprise retentirent autour de la table, mais se transformèrent rapidement en exclamations de joie. Flavien se leva pour embrasser passionnément Pétrolia, mais fut obligé de se tasser lorsque les autres, sauf Brad qui resta assis bien confortablement sur sa chaise, voulurent aller serrer la future maman dans leurs bras.
- Ça va juste être un paquet de trouble cet enfant-là !
- Qu’est-ce que vous venez de dire Brad ? lui demanda Flavien en lui montrant son poing prêt à frapper.
- Moi ? Que votre petit bout’chou va être adorable !
- C’est ce que je pensais…
Le reste de la soirée se passa sans grande annonce. Grâce à ses amis, Valence parvint même à oublier que Charles avait obstinément refusé de venir les rejoindre. Brad s’excusa plus tôt, prétextant qu’il devait dormir, mais les autres restèrent dehors jusqu’aux petites heures du matin.
Ils montaient sur le vaisseau le lendemain au lever du soleil. Ils profitèrent donc de leur dernière soirée pour se rappeler les bons moments du dernier mois et pour faire la fête une dernière fois, car, même s’ils n’avaient que de la route à faire pour les prochains trois mois, ils savaient que ça ne serait pas de tout repos. L’attitude du capitaine était déjà changeante. Il avait recommencé à penser aux Terriens et aux cinq mois qu’il leur restait. De quoi stresser quelqu’un au point de le rendre différent…
Seul à son bureau dans sa chambre ce soir-là, Charles Patenaude réfléchissait aux différentes choses qu’ils avaient à faire avant de partir. Le temps presse, se dit-il. Il prit un petit sac qui traînait sur le lit et, sans que personne ne le voit, monta sur le vaisseau afin de tout préparer.
~~~~~
Assis dans le bureau de Valence, à bord du vaisseau, Charles attendait que celle-ci entre pour commencer sa journée. Puisqu’il n’avait pas dormi avec elle cette nuit, il savait que sa première destination en arrivant sur le vaisseau serait son bureau, car son travail lui changeait les idées lorsqu’elle était fâchée contre lui. L’attendre en cet endroit était donc logique. Il fut servi rapidement, car la porte s’ouvrit à cet instant, laissant passer Valence, qui avait remis son uniforme rouge et noir, comme tout le monde d’ailleurs. Le Capitaine se leva pour l’accueillir, mais elle continua son chemin, se dirigeant vers une armoire au fond de la pièce.
- Tu étais où cette nuit ?
- J’avais des trucs à faire sur le vaisseau.
- Charles, dit-elle en se retournant vers lui, Pétrolia et moi avons travaillé pendant un mois pour que tu réussisses à dormir de nouveau. Ne lances pas tout ça en l’air s’il te plait !
- Valence, c’est moi. Je suis fais comme ça ! Je ne dors pas. N’essaie pas de me changer s’il te plait !
- Ce n’est pas tout ça, Charles ! Tu crois qu’on peut repartir en mission comme ça ?! Comme si rien n’avait changé ? Tout a changé en un mois sur la planète Charles.
Pause. Le silence parut pesant, jusqu’à ce que Charles pousse un profond soupir.
- C’est inutile tout ça ! La dernière chose dont j’ai envie en ce moment, c’est de me disputer avec toi. Je reviendrai quand tu seras moins sur les nerfs.
- Charles, attends, appela-t-elle, alors que le capitaine s’en allait pour partir. Elle fit deux pas en avant pour se retrouver juste en face de lui. La route va être longue. Es-tu prêt ?
- Je n’en ai aucune idée, répondit-il sincèrement en la regardant dans les yeux.
Ils restèrent là, immobiles, chacun cherchant un quelconque confort dans les yeux de l’autre, mais étrangement, cette journée-là, aucun ne fut capable de le trouver complètement.
Chapitre V : Pressentiment
Charles, debout devant son siège de capitaine, fixait l’immensité parsemée d’étoiles qui se trouvait devant lui. L’Univers avait tant de secrets qu’il lui serait sans aucun doute impossible de tous les découvrir dans sa seule vie. À travers les hublots de la salle de commandement du Romano Fafard, cet infini lui semblait à la fois si proche, à la fois si loin. Il avait l’impression d’avoir tout à sa portée, mais les hublots, la carlingue ainsi que toutes les pièces protectrices du vaisseau l’en séparait.
Il était totalement perdu dans ses pensées. Le capitaine réfléchissait énormément ces temps-ci. Ils avaient passé six ans dans l’espace; six ans de recherches, sans relâche, et sans réussite pourtant, afin de trouver une nouvelle planète pour y déménager les Terriens. Ils avaient pensé être arrivés au bout de leur route, la sonde #5 leur disant qu’il ne restait plus rien, mais ils avaient récemment découvert que tout cela avait été falsifié. Cela faisait trois mois qu’ils cherchaient à présent, la source de tout ceci, afin de récupérer les véritables données de la sonde. Il ne restait que deux mois de vie sur Terre. Le doute, la fatigue, l’ennui, la nervosité et l’exaspération emplissaient tout l’être de Charles. Il savait qu’autour de lui, son état se faisait ressentir. Et il savait aussi qu’il n’était pas le seul et que si lui, Charles Patenaude, ressentait toute cette gamme d’émotions, son équipage aussi commençait à être écœuré de cette Mmmisssion, aussi importante soit-elle.
Depuis quelques temps, la tension se faisait sentir de nouveau à bord. Et tout le monde était plus irritable de semaine en semaine, de jour en jour. Depuis le début de la Mmmisssion, Brad était souvent allé en thérapie. Depuis les derniers jours, il y allait encore plus souvent. Un jour, le capitaine avait même vu Flavien entrer discrètement dans le bureau de Valence. Il avait lancé des regards furtifs autour, comme pour s’assurer que personne ne le voyait. Charles ne savait pas si c’était parce que Flavien ne voulait pas qu’il sache qu’il allait voir Valence. Mais pourquoi allait-il voir Valence au juste ? Peut-être ne voulait-il pas que Charles sache qu’il doutait. Mais Charles le savait; il savait que tout le monde doutait. Parce que lui-même doutait énormément.
Et même s’il aurait voulu questionner Valence sur cette fois où Flavien était allé la voir, elle ne lui dirait rien. Malgré le lien qui les unissait, elle ne dirait rien. Elle tenait le secret professionnel et elle n’avait jamais trahi personne, pas même Brad. C’était une des choses que le capitaine admirait chez Valence. Une des raisons pour lesquelles il savait que ça fonctionnerait avec elle. Valence n’aurait jamais trahi personne, pour une information que le capitaine voulait savoir, ou pour quelque chose que Charles, l’homme qu’elle aimait, lui demandait.
Valence… C’était sans doute la première personne a remarqué l’humeur changeante de Charles. Charles savait qu’elle s’inquiétait pour lui. Mais il ne lui avait rien dit à propos de ses doutes. Il ne voulait pas que Valence s’inquiète d’avantage. Quoi qu’en agissant de la sorte, l’inquiétude la rongeait un peu plus à chaque jour. Elle le connaissait parfois plus que lui-même se connaissait et le moindre changement dans son attitude lui valait souvent beaucoup de questions.
Et c’est ce qu’elle avait fait. Elle essayait de lui poser subtilement des questions sur ce qu’il ressentait, pensait et même faisait. Mais elle n’avait jamais rien trouvé qui lui donnerait une piste sur le pourquoi de tout ce doute. Et pourquoi maintenant ? Après tout, ça aurait pu arriver n’importe quand. Pourquoi maintenant ? Peut-être parce qu’il reste uniquement deux mois de vie sur Terre. C’est un stress supplémentaire pour tout le monde; savoir que s’il ne trouve pas bientôt les véritables données de la sonde, la population terrienne ne sera plus. Valence adorerait pouvoir l’aider, l’encourager, mais elle devait s’avouer qu’elle aussi commençait a trouvé le gris du vaisseau plate et sans vie.
Les pensées de Charles se dirigèrent ensuite vers un autre des membres d’équipage, tout aussi important à ses yeux. Bien que ce n’était pas de la même manière. Flavien avait toujours occupé une place proéminente aux yeux du capitaine. Pas que Charles n’aimait pas les autres, car Pétrolia, Serge et Bob étaient tout aussi attachants dès qu’on les connaissait ne serait-ce qu’un peu. (Bien évidemment, il excluait Brad.) Mais le capitaine retrouvait en Flavien quelque chose qu’il ne saurait décrire. C’est ce petit quelque chose de spécial, mais pourtant bien simple, qui faisait toute la différence aux yeux de Charles, même s’il ne pouvait pas le nommer.
Pas que les autres n’étaient pas importants pour lui. Loin de là ! Et Charles s’en voulait de penser ça. Mais il se devait d’admettre que même s’il considérait Serge presque comme un humain, et il l’était déjà plus que Brad, il restait une machine sans émotions qui n’était pas si fiable que ça vu qu’il plantait plus de trois fois par jour. Mais Serge, c’était Serge, et le capitaine l’appréciait comme il était. Ensuite, Pétrolia, malgré toute la bonne volonté et la gentillesse dont elle faisait preuve chaque jour, n’était pas la personne la plus rassurante avec sa manie de patenter tout et rien sans le lui dire. Il ne lui en avait jamais réellement voulu, mais c’était quand même quelque chose qui déclenchait une de ses crises de colère. Mais ses idées farfelues les avaient souvent sortis du trouble, il devait se l’avouer. Et puis, il y avait Bob. Tout un phénomène celui-là ! On ne pouvait pas le juger sans réellement le connaître, car il était quelqu’un d’extraordinaire qui n’arrivait pas à se faire valoir à sa juste valeur. C’est sûr que ce n’était pas l’être le plus intelligent qu’il connaissait, mais Charles se disait qu’il y en avait sûrement des biens pires que lui.
Le capitaine pouvait vraiment être fier de son équipage. Ils avaient tous un petit quelque chose de spécial qui faisait que chacun d’eux était unique. Il formait une vraie famille qui, aux fils des ans, avaient forgé des liens solides les uns avec les autres. (Encore là, il n’incluait pas Brad.)
Charles détourna la tête des hublots. Son regard se posa sur son siège de capitaine derrière lui. Avait-il été un bon capitaine pour eux ? Le serait-il toujours pour les deux prochains mois ? Avait-il pris la bonne décision en repartant de la planète Crème hydratante ?
Une voix sortit Charles de ses pensées.
- Capitaine ?
- Oui Flavien, dit-il en se tournant vers lui.
- Brad fait dire qu’il ne pourra pas descendre avec nous sur la planète. Sa rate s’est foulé un doigt.
- Bien sûr… fit-il en levant les yeux aux ciels.
Après tout, il aurait dut y penser plus tôt; Brad ferait n’importe quoi pour ne pas aller explorer la planète. Tout était trop pour lui ces temps-ci. Déjà qu’il ne voulait pratiquement rien faire avant, c’était pire maintenant que tout le monde était tanné de cette mission.
La planète, il l’avait presque oubliée celle-là. Ils étaient en orbite atour de Calestina, la planète où les extra-terrestres qui avaient les véritables données de la sonde #5 habitaient. N’ayant plus de sonde à leur disposition, ils s’étaient rapprochés de la planète jusqu’à ce que les radars puissent détecter une ville à la surface. Par contre, cette ville rayonnait par son absence de vie. Aucun habitant : bipèdes, animaux. Rien. Tout semblait avoir disparu de la surface de la terre. Bizarre. Avaient-ils été mal informés ? Charles avait ordonné d’aller y faire un tour, question de savoir ce qu’il en était réellement. Voilà la raison pour laquelle Brad ne voulait pas y aller; il était bien trop pissou.
- Flavien, dites-lui qu’il vient avec nous, qu’il le veuille ou non. J’ai besoin de mon scientifique si on trouve quelque chose d’intéressant à analyser.
- Bien capitaine.
Il se mit au garde à vous et quitta la salle de commandement, laissant le capitaine à nouveau seul avec ses pensées. Charles ne savait toujours pas s’il avait fait le bon choix en décidant de repartir de la planète Crème hydratante. Il avait un drôle de pressentiment. Il ignorait s’il était bon où mauvais; il le trouvait seulement bizarre. Si ça avait été un mauvais pressentiment, il aurait demandé l’avis de Flavien, mais ce pressentiment ne semblait pas mauvais. Par contre, il n’était pas bon non plus. Et c’est ce qui inquiétait le capitaine. Avait-il fait le bon choix ?
Chapitre VI : Trouvailles
L’équipage marchait silencieusement vers la cité, armes à la main, Charles en tête. Flavien était tout juste à sa droite derrière lui, Serge, à sa gauche. Bob, Pétrolia, enceinte maintenant d’un peu plus de trois mois, et Valence suivaient de près et Brad traînait derrière, essayant de faire pitié et de mimer un mal à la rate.
- Brad, arrêtez de faire semblant, lui dit Valence. La rate est plus haute que ça !
Brad fit comme s’il n’avait pas entendu. Il avançait lentement et sans entrain, furieux contre le capitaine qui l’avait obligé à descendre avec eux. Il faisait par contre attention de ne pas trop s’éloigner d’eux au cas où un E.T arriverait. Enfin, c’est ce qu’il croyait, sauf que le radar avait clairement dit que la planète était inhabitée. Pouvait-il se tromper ? Ce n’était jamais arrivé avant.
- On approche. Tout le monde en équipe de deux. Flavien et Bob, vous allez à l’est; Valence et Serge, à l’ouest; Pétrolia et Brad, au sud. Moi, je fouillerai le secteur nord.
- Oh non, je ne veux pas être avec Brad capitaine !
- Pétrolia, c’est un ordre.
Tout le monde acquiesça, Pétrolia, en soupirant. Ils montèrent une petite colline et ils stoppèrent tous en haut, admirant le spectacle qui se dressait sous les yeux. La ville était en fait une citée en ruine. Les bâtiments faits de pierre tombaient sur eux-mêmes, mais on pouvait deviner, qu’autrefois, elle avait été magnifique. Qui avait habité ici ? Et qu’étaient-ils devenus ? Ça, personne n’aurait pu le dire.
- Bon, on y va. Je veux un compte-rendu à chaque heure. On se tient au courant de tout. Et surtout, restez ensemble.
Valence se garda bien de mentionner que Charles était seul. Et que, s’il insistait tant pour qu’ils restent en équipe de deux, il devait avoir quelqu’un avec lui également. Mais elle ne pouvait rien dire. Il demeurait son supérieur, et un ordre, c’était un ordre.
L’équipage commença à descendre la colline et ils entrèrent dans la cité en ruine. Ils se dirigèrent chacun du côté qui leur était assigné. Valence jeta un dernier regard à Charles, ne pouvant s’empêcher d’être inquiète. Mais Serge l’appela pour qu’elle le suive, ce qu’elle fit, un peu à contre cœur. Valence ignorait cependant que Flavien aussi avait jeté un regard au capitaine. Lui aussi pensait que ce n’était pas sécuritaire de se retrouver seul dans cette ville, malgré le fait que le rapport de sonde avait dit qu’elle était inhabitée.
Mais Charles avait voulu être seul. Son pressentiment à moitié bon, à moitié mauvais, l’intriguait. Il ne lui faisait pas peur et il voulait en trouver la cause. En étant seul, il pourrait mieux réfléchir.
~~~~~
- Hiiiiiiiiiiii ! Flavien, j’ai vu quelqu’un passer !
- Bob, la planète est déserte. Il y a personne ici.
- J’te jure ! Viens voir !
Abandonnant, Flavien rejoignit Bob à l’extérieur. Ils firent le tour du bâtiment dans lequel ils étaient entrés quelques minutes plus tôt. Rien. Flavien se tourna vers le pilote.
- Tu vois, il y a rien. Continue de chercher à la place de te laisser distraire. On doit trouver des indices. J’peux pas croire que rien ici expliquerait la raison de la disparition des habitants de la planète.
Flavien rentra à l’intérieur du bâtiment, laissant Bob, un peu penaud, à l’extérieur. Il était persuadé d’avoir vu quelque chose ! Il était prêt à mettre un vingt là-dessus !
- Bob, viens ici. Je crois que j’ai trouvé quelque chose d’intéressant.
Moi aussi c’était intéressant, se dit le pilote à lui-même, avant d’aller retrouver Flavien à l’intérieur. Ils n’avaient pas de toit au-dessus de leur tête, celui-ci ayant été défoncé par on ne sait quoi. La lumière du soleil éclairait donc tout ce qui se trouvait autour d’eux.
- Qu’est-ce que tu as trouvé Flavien ?
L’opérateur radar était devant un bureau de bois rongé par les mites. Un tiroir au milieu était ouvert. À l’intérieur, dans toute la poussière accumulée, un cahier à la couverture noire avait été oublié. Flavien le prit dans sa main.
- C’est quoi d’après toi ?
- Un cahier ?
- À part ça…
- Un carnet ?
- Mais encore…
- Un livret ?
- Regarde, laisse faire Bob. Va voir si tu ne peux pas trouver quelque chose là-bas.
- Ok.
Il laissa Flavien avec le petit carnet noir. Il le retourna dans ses mains. Une corde noircie par la suie le retenait fermé. Flavien tira dessus; elle était sèche et elle tomba en miettes dans les mains de Flavien. Il ouvrit le carnet. Les pages étaient jaunies et probablement aussi sèches que la corde. Certaines d’entre-elles s’égrainaient au contact de l’air. L’encre était à peine visible; une chance que Flavien avait de bon yeux. Il ne prit pas le temps de lire et tourna simplement les pages rapidement tout en faisant attention pour ne pas les briser.
Ne voulant pas s’attarder trop longtemps au même endroit, Flavien referma le carnet. Sur la couverture arrière, il était écrit dans le coin en bas à droite un nom : Saphora. La curiosité piqua aussitôt Flavien. Qui était cette personne ? Devait-il appelé le capitaine maintenant ? Après tout, il connaissait uniquement un nom. Ça ne lui serait sûrement d’aucune utilité. Flavien laissa tomber, mais mit le carnet dans son sac, se promettant de se mettre à sa lecture le soir même, lorsqu’ils retourneraient sur le vaisseau.
~~~~~
Pétrolia et Brad, en fait plutôt Pétrolia vu que Brad avait la trouille et n’arrêtait pas de chialer, fouillaient les ruines de ce qui semblait être une vieille église. Pétrolia avançait difficilement; plusieurs grandes colonnes étaient tombées et elle devait passer par-dessus. Elle rejoignit l’autel au centre.
- J’ai peur !!! Dépêchez-vous !!!
- Fermez-la Brad !
Elle n’y porta plus attention, même s’il continuait de se lamenter. De toute façon, elle commençait à y être habituée. La technicienne se concentra à la place sur ce qu’elle faisait. Sur l’autel, il y avait un restant d’une petite bougie blanche. Elle n’avait pas eu le temps de se consommer au complet. Est-ce que c’était important comme détail ? Sûrement pas. Mais Pétrolia décida que mieux valait ne rien laisser de côté. Il n’y avait rien d’autre qui valait la peine d’être regardé sur l’autel : un vieux livre illisible, une plume pour écrire et un encrier vide.
Elle marcha un peu en regardant le sol autour d’elle. Des débris de pierre, des débris de bois, de pierre, de bois, de pierre, une photo, débris, débris… Elle revint sur ses pas. Une PHOTO !? Elle la ramassa.
- Brad, venez ici !
- Quoi encore !? Non, mais on ne peut pas avoir peur en paix ici ?
- Regardez ce que je viens de trouver.
Elle lui montra la photo. Brad leva un sourcil.
- Ouin… pas belle tout suite elle, commenta-t-il avec un peu de dégoût dans la voix.
- C’est parce que la photo est brulée, épais !
- Mais qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse avec une photo brulée ?
- Je ne sais pas moi ! C’est pour ça que je vous le demande !
- Il n’y a rien à faire ! Jetez ça ! C’est plein de microbes…
- Pffffffffff !
- Bon, si ça ne vous dérange pas, j’aimerais que vous arrêtiez vos conneries. Il y a rien ici, faque on pourrait aller ailleurs au lieu de perdre notre temps à ramasser des stupides photos à moitié brûlées.
- Je la garde quand même pour en parler au capitaine, dit-elle en mettant la photo dans son sac.
- Vous allez lui faire perdre son temps !
- Alors, je vais la montrer à Flavien. Lui, il va m’écouter.
Elle remit son sac sur son dos et ils sortirent de l’espèce d’église où ils étaient. Lorsqu’ils mirent le pied dehors, une grosse brise glaciale se fit ressentir. Elle se dissipa quelques secondes plus tard.
- Vous l’avez senti vous aussi ? demanda Pétrolia à Brad, un peu inquiète.
Brad fit oui de la tête et les deux se consultèrent du regard. Ils décidèrent finalement, d’un signe de tête, de continuer leur chemin.
~~~~~
Deux heures plus tard, Valence courrait rapidement sur une plaine, se défonçant presque les poumons. Elle n’avait jamais courut aussi vite de sa vie. Pourquoi c’était arrivé ? Elle savait qu’il aurait du avoir quelqu’un avec lui. Mais un ordre, c’était un ordre. Pourquoi n’avait-elle pas écouté son instinct cette fois ? Pourquoi ne lui avait-elle pas dit qu’il était seul, lui ?
Elle n’en savait rien. Voilà pourquoi elle courrait aussi vite que ces jambes le lui permettaient. Elle voulait le retrouver. À tout prix.
À suivre. : )
